La palanche.
Cette pièce de bois légèrement incurvée, que les porteurs plaçaient jadis sur l'épaule pour accrocher deux fardeaux ou deux seaux à chacune de ses extrémités a disparu de notre
quotidien moderne.Cet appareil de portage perdure encore au Vietnam. Une palanche, affublée de paniers en paille de riz ou bambou tressé pendus à chaque bout, associée au fameux chapeau
conique, symbolise à coup sûr le Vietnam dans l'esprit de nombre des visiteurs étrangers. Semblable à une représentation de la balance de la justice, la comparaison pourrait être
prolongée en constatant que l’équilibre des paniers dépend de l’agilité et de la droiture du porteur.
Leur charge en équilibre sur l’épaule, les femmes vietnamiennes arpentent le centre de Hanoi, sollicitant les touristes au coin des rues. Là un client tente de s’échapper à l’appel d’une vendeuse
de beignets qui accélère le pas pour alpaguer de sa main libre le poignet du fuyard. Plus loin, un bras enroulé sur la palanche pour maintenir le chargement en place, une femme marche d’un pas
chaloupé tout en rafraîchissant ses paniers de légumes à l’aide d’une bouteille de plastique transformée en pomme d’arrosoir.
Dès les brumes matinales autour du lac Hoan Kiem, ces colonies de fourmis porteuses entament leurs incessants aller-retours dans le labyrinthe de la vielle ville.
Aux heures creuses le rythme se ralentie, le temps d'une sieste ou d'un bavardage de trottoir.
Ce ballet durera jusqu’à la nuit tombée, tournant en frénésie à la lumière des réverbères les jours de marchés nocturnes.
Les touristes seront souvent invités à prendre le fardeau le temps d’une photo souvenir, une façon d’amorcer le petit commerce où la pratique du marchandage tourne rarement à l’avantage du
vacancier. Ils prendront conscience de la résistance de ces frêles créatures pouvant convoyer des charges équivalentes à leur propre poids. S’ils s’essaient à transférer la cargaison d’une épaule à
l’autre en faisant rouler la palanche autour de la nuque selon la technique habituelle, ils en appréhenderont la difficulté, même pour une première tentative pratiquée à l’arrêt.
Raison de plus d’admirer ces femmelettes énergiques lorsqu’elles font glisser un chargement friable au bout de leur palanche, sur un pas de deux sans pratiquement interrompre leur progression dans
des ruelles souvent bondées.
On imagine logiquement que ces petites vietnamiennes courbent l’échine sous le poids des ans et du fardeau.
Le port altier, la beauté de visages que les rides n’arrivent pas à altérer, la vivacité qui anime l’œil de la plupart de ces femmes laborieuses ne forcent que plus l’admiration.
Pour ces porteuses infatigables engagées sur les rails de leur vie quotidienne, le port du casque n’est pas encore obligatoire. A moins qu’elles ne décident de passer au transport motorisé.
…Et le train-train continue.